Nos Quatre Saisons
Ce texte a été écrit pendant l'atelier d'écriture "Quand le cœur s'adresse" animé par Sophie Coiffier, à la Bibliothèque Publique d'Information, au Centre Pompidou à Paris. #NuitsdelaLecture2022
Automne. Paris 18ème. Nuit. Playlist : à l’Horizontale.
Nos corps allongés sur le canapé bleu. La ville est silencieuse. Des basses douces résonnent dans l’appartement. Nos haleines nous ramènent là où nous étions il y a quelques heures encore. Les effluves de Gin To remplissent mes narines dilatées. Tes yeux noirs plantés dans les miens, j’observe les détails de ton corps dessiné : tes clavicules saillantes, la ligne de tes abdominaux, tes fesses rondes. Je ne souris pas. Je suis concentrée sur chaque mouvement de nos corps, emboîtés à la perfection.
Amour, catégorie : plan Q. Désir, catégorie : passion éphémère.
Eté. Paris 18ème. Jour. Playlist : Acoustique.
Je suis allongée, seule, sur le canapé bleu. Les fenêtres sont ouvertes, la ville étouffe. On entend à peine la musique, je crois reconnaître Mélissa Laveaux. Tu viens d’arriver et tu me prépares une tisane aux bleuets. Tu me demandes si ça va, tu as les sourcils froncés quand tu me regardes. On dirait que tu te fais du souci pour moi. Je suis enroulée dans le plaid gris, les genoux repliés contre ma poitrine. J’ouvre à peine les yeux. Les contractions me déclenchent des larmes. Tu me chuchotes : « Je suis désolé ». Tu te colles contre moi et tu m’entoures de tes bras. Tu déposes un baiser sur ma nuque.
Amour, catégorie : soutien émotionnel. Désir, catégorie : plus jamais sans capote.
Hiver. La campagne entre Berlin et Paris. Nuit. Bande son : le bruit du train qui traverse l’Europe.
Je regarde par la fenêtre et je te demande : Est-ce que ça te va notre relation ? On a jusqu’ici soigneusement évité le sujet. Les six derniers mois passés en apnée, à se regarder les yeux grands ouverts, bouches collées, corps serrés. Nos peaux, comme aimantées. On sait qu’on est amoureux, on ne se l’est jamais dit encore. Tu détournes le regard.
- Je suis en train de m’attacher. Je vais devoir m’éloigner un peu, j’ai trop peur de souffrir
- Je ne veux pas que tu t’éloignes. On a qu’à dire qu’on est exclusifs ? Je ne veux pas te perdre
Amour, catégorie : cœurs ouverts. Désir, catégorie : énergie inépuisable.
Printemps. Paris 18e. Nuit. Bande son : FIP.
De nouveau allongés sur ce même canapé bleu. Je remarque que le tissu s’abîme, à l’endroit où je m’allonge toujours. Tu me lances un regard noir. Je ne sais plus quoi te dire. Je n’aurais jamais dû te parler de ma boîte à fantasmes. En quoi ça te regarde à qui je pense quand je jouis ? Bébé, je t’aime à la folie. Est-ce qu’on peut s’en foutre du reste ? Je te prends dans mes bras et je te câline. Tu es roulé en boule, les yeux dans le vide. Je te masse le crâne avec mes ongles. Tu fermes les yeux. J’entends ton souffle devenir régulier. Tu t’es endormi. Je continue de caresser tes cheveux doux. Que deviennent nos fantasmes lorsqu’on les dévoile ?
Amour, catégorie : réconciliation. Désir, catégorie : insécurités salutaires.


